L'histoire vraie
Il rachète une usine d'ustensiles appelée Deutsche Emailwarenfabrik. Comme l'explique la biographie officielle d'Oskar Schindler publiée par le Mémorial de Yad Vashem, il choisit d'employer des ouvriers juifs du ghetto car cette main-d'œuvre est peu coûteuse.
Le tournant s'opère en 1943. Schindler est témoin de la liquidation du ghetto de Cracovie, en mars 1943, menée par les SS. Horrifié par la violence nazie, l'homme d'affaires décide progressivement d'utiliser sa fortune et ses contacts pour protéger ses employés. D'après les archives historiques sur les Schindlerjuden sur Wikipédia, il dépense une grande partie de sa fortune en pots-de-vin et en nourriture pour soustraire ses ouvriers à la déportation et aux persécutions. Après la liquidation du ghetto, ses ouvriers sont notamment transférés au camp de travail forcé de Plaszow, où Schindler intervient pour améliorer leurs conditions et les protéger.
Le chef-d'œuvre cinématographique de Spielberg
La seule exception notable est la silhouette d'une petite fille portant un manteau rouge au milieu de la détresse générale. Cette apparition, devenue l'une des images les plus célèbres du film, fonctionne comme un symbole. Alors que la foule est filmée dans des tons monochromes, cette enfant attire immédiatement le regard du spectateur. Elle représente à la fois l'innocence confrontée à la barbarie et l'individu au milieu d'une masse de victimes. Spielberg réutilise d'ailleurs cette image plus tard dans le film, lorsque Schindler reconnaît le manteau rouge parmi les victimes. Cette construction visuelle donne à la scène une force émotionnelle sans avoir besoin de multiplier les dialogues.
Le film est porté par des performances d'acteurs exceptionnelles :
Liam Neeson, qui incarne avec justesse les ambiguïtés d'Oskar Schindler. Son interprétation évite d'en faire immédiatement un héros : Schindler apparaît d'abord comme un homme séduisant, opportuniste et intéressé par l'argent, avant que son évolution morale ne se dessine progressivement. Cette transformation rend son personnage plus humain et surtout plus crédible.
Ben Kingsley, qui joue Itzhak Stern, le comptable juif qui gère l'usine dans l'ombre. Son personnage apporte une forme de retenue au récit. Face à Schindler, Stern devient progressivement un intermédiaire essentiel entre l'industriel allemand et les ouvriers juifs qu'il cherche à protéger.
Ralph Fiennes, qui terrifie le public dans le rôle du commandant SS Amon Göth. Son interprétation est particulièrement marquante parce qu'elle ne repose pas uniquement sur une violence spectaculaire. Göth peut se montrer calme, banal, presque ordinaire, avant de commettre brutalement des actes meurtriers.
La mise en scène de Spielberg contribue également à faire du film bien plus qu'un simple récit biographique. La caméra alterne entre des scènes spectaculaires et des moments beaucoup plus intimes, laissant parfois le silence, les regards et les gestes raconter ce que les mots ne pourraient pas exprimer. Le réalisateur refuse également de transformer la Shoah en simple spectacle : la violence est montrée avec une grande sobriété, ce qui renforce paradoxalement son impact.
C'est cette combinaison entre la puissance du récit, la photographie en noir et blanc, la mise en scène, la musique de John Williams et les performances des acteurs qui contribue à faire de « La Liste de Schindler » un chef-d'œuvre du cinéma. Le film parvient à raconter une histoire individuelle tout en donnant à voir l'ampleur d'un événement historique qui dépasse ses personnages. Il touche ainsi le spectateur sans perdre de vue la dimension historique du récit.
Lors de la 66e cérémonie des Oscars en 1994, le film est largement récompensé. Il remporte sept statuettes, dont celle du Meilleur film, du Meilleur réalisateur pour Spielberg et de la Meilleure musique originale composée par John Williams. Il reçoit également l'Oscar du meilleur scénario adapté, de la meilleure photographie, du meilleur montage et des meilleurs décors. Cette reconnaissance consacre à la fois le travail de Spielberg et l'importance du film dans l'histoire du cinéma.
Entre fiction et réalité historique
Cette distinction est importante lorsqu'il s'agit d'utiliser le film comme outil de transmission de la mémoire. La puissance émotionnelle du cinéma permet de rendre l'histoire plus accessible et de donner un visage humain aux victimes et aux survivants. Mais elle peut aussi donner au spectateur l'impression de connaître l'ensemble de la réalité historique à travers une seule histoire. La vie d'Oskar Schindler et celle des personnes qu'il a sauvées ne représentent donc qu'une partie de l'histoire beaucoup plus vaste de la Shoah.
C'est pour cette raison que le film peut être considéré comme une porte d'entrée vers l'histoire plutôt que comme une représentation exhaustive de celle-ci. Il permet de susciter l'intérêt, l'émotion et le questionnement, mais doit être accompagné de sources historiques et de témoignages pour comprendre toute la complexité de la Shoah.
Un héritage indispensable pour la mémoire
Oskar Schindler reste une figure paradoxale de l'histoire de la Shoah. Membre du parti nazi et animé à l'origine par des ambitions financières, il devient progressivement un homme prêt à risquer sa fortune, son influence et sa sécurité pour sauver des vies. Son parcours rappelle que les individus ne peuvent pas toujours être réduits à une seule facette de leur personnalité ou de leur histoire.
À travers La Liste de Schindler, Steven Spielberg a transformé cette histoire en un récit de mémoire. Si le film ne peut pas résumer à lui seul l'histoire de la Shoah, il permet de transmettre une réalité historique à travers des destins individuels et de rappeler l'importance de préserver cette mémoire. Plus de trente ans après sa sortie, l'œuvre continue ainsi de questionner le spectateur sur la responsabilité, le courage et les choix auxquels chacun peut être confronté face à la barbarie.
Oskar Schindler est mort en 1974, dans une situation financière difficile. Cependant, ses actions lui ont valu d'être nommé « Juste parmi les Nations » en 1993 par Yad Vashem, une distinction attribuée aux non-Juifs ayant risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Shoah. Son engagement en faveur des Juifs qu'il employait contraste ainsi avec son passé de membre du parti nazi et avec ses motivations initiales, davantage liées à l'enrichissement personnel. Son histoire illustre parfaitement la célèbre phrase gravée sur la bague que lui offrent ses ouvriers à la fin de la guerre : « Celui qui sauve une vie sauve l'univers tout entier. »


