Les marches de la mort : l’ultime phase de la « Solution finale » nazie

Belinda Bonhoure
5 min de lecture

Les marches de la mort constituent l'ultime phase de la politique d'extermination nazie menée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Contraints de parcourir des centaines de kilomètres dans des conditions inhumaines, des dizaines de milliers de déportés périrent d'épuisement, de faim, de froid ou furent exécutés par les SS.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la « Solution finale », politique d'extermination des Juifs d'Europe coordonnée par les autorités nazies à partir de 1942, avait déjà provoqué la mort d'environ six millions de Juifs, soit près des deux tiers de la population juive d'Europe. Pourtant, alors que le IIIᵉ Reich s'effondrait sous les offensives alliées, les violences ne cessèrent pas. C’est lors de la conférence de Wannsee en janvier 1942, que de hauts responsables nazis planifièrent la décision d'exterminer les Juifs. C’est ainsi que des dizaines de milliers de déportés furent contraints de participer aux terribles marches de la mort, dernier chapitre de la politique d'extermination nazie.

Comment des dizaines de milliers de déportés ont-ils pu être contraints de marcher jusqu'à la mort alors que la Seconde Guerre mondiale touchait à sa fin ?

Le contexte militaire de l'hiver 1944-1945 : pourquoi les nazis évacuent les camps ?

Tout commença à l'été 1944, lorsque l'Armée rouge lança une vaste offensive en Biélorussie. La progression rapide des forces soviétiques conduisit à la libération, le 23 juillet 1944, du camp de concentration et d'extermination de « Lublin/Majdanek », l'un des premiers grands camps nazis découverts par les Alliés.

Après cette attaque, le Reichsführer-SS (chef absolu SS) Heinrich HIMMLER, décide alors de faire évacuer tous les prisonniers des camps et sous-camps de concentration sur le front de l'Est. Dans un premier temps, les évacuations se firent par trains et bateaux, mais avec l’avancée des Alliés qui gagnèrent de plus en plus de terrain, les SS prirent la décision d’évacuer de force les prisonniers à pied.

Cette phase avait pour but principal d’empêcher la libération des détenus par les Alliés afin qu’ils ne puissent pas témoigner des crimes que le IIIème Reich leur avait fait subir : faim organisée, travaux forcés jusqu'à l'épuisement, violences physiques, humiliations, tortures, chambres à gaz, expériences médicales, etc…

De plus, les nazis souhaitaient également conserver une main-d’œuvre forcée jusqu'aux derniers jours de la guerre.

Les conditions des marches : faim, froid, violences, exécutions

Les prisonniers étaient contraints de marcher pendant des jours, voire des semaines, dans la neige par des températures allant jusqu’à -20°, sur de très longues distances. Ils parcouraient parfois plusieurs centaines de kilomètres, sans nourriture suffisante, sans soins et vêtus de simples tenues de déportés. Les marches principales partirent d'Auschwitz et de Stutthof. 
Carte des marches de la mort en partance d'Auschwitz – 1945© Auteur inconnu / Musée mémorial de l'Holocauste des États-Unis / Domaine public
Les détenus n’étaient pas équipés pour affronter de telles conditions extrêmes. Aussi, beaucoup moururent en chemin victime du typhus, d’hypothermie ou tout simplement d’épuisement. Ce qui donna naissance au terme de « marches de la mort » par les rescapés.

Un nombre inconsidérable de détenus ont été maltraités et tués par centaines lors de ces marches. Les gardes SS avaient reçu pour consigne de tuer quiconque ne pouvait plus avancer, qu’il soit malade ou bien épuisé. Les laissant morts sur le bord des routes à la vue de tous.

Ces évacuations étaient organisées dans des conditions délibérément meurtrières et furent retenus comme crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, lors des procès d'après-guerre.
Prisonnier mort après une marche de la mort 1945© Auteur inconnu / 16534-S/ Musée mémorial de l'Holocauste des États-Unis / Domaine public

La mémoire de ces événements

« Tous ceux qui étaient à l’arrière de la file, qui ne marchaient pas assez vite, ou qui n’arrivaient pas à suivre, automatiquement ils les abattaient à coups de mitraillettes. »

André BERKOVERRescapé français d’ Auschwitz-Birkenau
Le témoignage d’André BERKOVER nous plonge dans la souffrance et la terreur qui accompagnaient chaque instant des marches de la mort. Âgé de seulement 14 ans, André fut déporté de Paris ainsi que sa mère et son frère au camp d’ Auschwitz-Birkenau. Il retrace la marche de la mort dont il fut le seul rescapé de sa famille. Il témoigne de la faim permanente, la violence constante des soldats SS, ainsi que de l’absence de soins (typhus, gelures, épuisement). 

Il laisse derrière lui son frère aîné qui était dans une infirmerie de fortune du camp, pensant qu’il pourrait se cacher et s’enfuir. Seulement, c’est après plusieurs jours de marches qu’il apprend que les patients de cet hôpital dont faisait partie son frère, avaient été abandonnés à leur sort sans soin ni nourriture et sans eau ni électricité.

André s’en sort après sa fuite lors d’une fusillade d’extermination organisée par les SS en pleine forêt. Il trouve refuge chez une famille de fermiers polonais qui le cache et lui offre le gîte et le couvert. Peu de temps après, les soldats soviétiques arrivent à la ferme et il sera pris en charge par les médecins militaires quelques jours après, afin de soigner ses gelures du deuxième degré aux pieds.

En revenant en France, la réalité des camps et des marches de la mort était encore largement méconnue pour les Français. Ce n’est que lorsque les médias finirent par en parler, que les gens prirent enfin conscience de ce que les déportés avaient subi.

Le bilan

Environ 250 000 à 375 000 déportés sont morts au cours des marches de la mort ou peu après, victimes des suites de l'épuisement, de la faim, du froid, des maladies ou des exécutions sommaires.
La « Solution finale », politique d'extermination systématique orchestrée par le régime nazi, a coûté la vie à près de six millions de Juifs d'Europe. En quelques années, près des deux tiers de la population  juive européenne furent assassinés, faisant de ce génocide le cœur de la Shoah.
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